LE CARRE ET LA TRIADE

Robert MARTY

Traduction, révisée et complétée par l'auteur, de l'ouvrage intitulé "El cuadrado y la triada", paru en 1995, Eutopías éd., Valencia (Espagne).

En bref, la possibilité qui  reste à des interlocuteurs qui ne se comprennent pas
est  de se  reconnaître comme membres degroupes linguistiques  différents  et de                                                         devenir alors des traducteurs.
T.S. Kuhn (La structure des révolutions scientifiques).

introduction

Il est assez remarquable de rencontrer dans les sciences humaines deux  théories dédiées au même objectif (décrire le fonctionnement des significations dans la vie sociale) et qui soient aussi différentes, qui se développent en se méconnaissant, au point de ne jamais se confronter en aucune occasion autre que la rivalité pour prendre le contrôle de telle ou telle organisation internationale.  On peut noter, de temps en temps, quelques tentatives de traduction très partielles (et quelquefois partiales) qui ont pour but d'annexer quelques concepts ou classifications intéressants (par exemple, la trichotomie icône, indice, symbole, qui est mise à toutes les sauces).

Pour autant, on peut conjecturer que, traitant des mêmes objets de connaissance, il doit être possible de traduire tout ou partie de l'une  des deux théories dans l'autre, sinon de montrer pourquoi il est si difficile de lancer quelques passerelles entre les deux et, éventuellement, d' essayer de le faire. Le pire, dans ces circonstances, c'est quand cette ignorance mutuelle débouche sur des anathèmes ou même quelquefois sur un certain mépris.

Deux théories, deux mondes étrangers l'un à l'autre ?

               Dans sa présentation de "l'Ecole de Paris", C. Coquet (1982 ) annonce au lecteur que le projet de cette école est d'établir une théorie générale des systèmes de signification  et non une science des signes. Coquet oppose les sémiotiques dans lesquelles les signes sont tout d'abord des observables à la perspective de l'Ecole de Paris dans laquelle un signe est un objet construit. Il est compréhensible que, après une telle prise de position épistémologique, on n'ait guère envie de pousser au-delà la comparaison. Mais nous n'en resterons pas là et, afin de profiter de la plus infime possibilité, nous allons examiner les deux théories de la façon la plus approfondie possible, avant que les divergences soient par trop importantes.

                D'un côté nous avons le carré sémiotique, modèle  "constitutionnel"  considéré comme structure élémentaire de la signification. A. Henault (1983) souligne que, "ce schéma, extrêmement puissant, permet d'indexer toutes les relations différentielles qui discriminent tout effet de sens". D'un autre côté nous avons la triade, structure formelle, abstraite de l'observation de ce qui advient dans les phénomènes de signification, c'est-à-dire  quand une chose présente produit la présence à l'esprit d'une chose absente : "un représentamen est le sujet d'une relation triadique avec un second appelé son objet, pour un troisième appelé son interprétant, (Peirce, C.P. 1-541). Nous voyons déjà que les points de départ sont, à première vue, diamétralement opposés : une théorie à une visée générative et dépliant son carré  à divers niveaux pose la possibilité d'investir tout phénomène de signification au moyen de conversions successives, tandis que l'autre pense saisir l'essentiel de ces phénomènes dans une structure formelle, de telle façon que son étude soit facilité par une classification à l'intérieur de ce modèle d'intelligibilité.

La relative méconnaissance de l'approche triadique nous impose d'en préciser les principales caractéristiques et d'en rappeler les principaux résultats. On y considère que, nécessairement, les phénomènes de signification ne peuvent être ce qu'ils sont s'ils ne comportent pas au moins trois instances : l'objet (le représenté), le signe proprement dit (le représentant) et l'interprétant (la relation qui d'une certaine manière unit  les deux premiers nommés, qui est définie au niveau d'une communauté culturelle et qui est particularisée dans l'esprit de chacun de ses membres au moment de l'interprétation). La classification des signes résulte des compatibilités des différents modes d'être de chacun des trois éléments  constitutifs  et de leurs relations, c'est-à-dire de considérations phénoménologiques. Elle a aussi pour conséquence une structuration de l'ensemble des classes de signes élementaires en un "treillis", c'est-à-dire une structure d'ordre représentée figure 1 (Marty, 1990). C'est une sorte de grille des relations nécessaires entre classes de signes. Ici nous avons un premier point de comparaison. Le treillis fonctionne comme

Figure 1 : Le treillis des classes de signes

une grammaire immanente à la combinaison des classes de signes élémentaires qui sont les ingrédients des signes complexes ; le carré fonctionne comme une matrice immanente à la combinaison des sèmes au niveau profond, les regroupant en diverses catégories, et il gouverne aussi les autres niveaux du parcours  génératif. Les deux structures sont considérées dans les deux théories comme des plans de combinaisons d'éléments dont les places sont prévues dans un réseau de relations préexistant. Le treillis permet la description des significations comme somme algébrique de signes élémentaires tandis que le carré, se déployant à chaque niveau sur le niveau antérieur (première, deuxième et troisième générations des termes catégoriaux, Greimas et Courtes, 30-32) atteint la description en combinant des sèmes et des opérations logico-sémantiques, le tout sous la dépendance du carré formel. Finalement, on peut dire que la théorie greimassienne se caractérise d'un point de vue formel comme l'itération récursive de son modèle constitutionnel tandis que la théorie peircienne se caractérise comme une analyse taxinomique en termes de catégories suivie d'une recombinaison synthétique. Les deux respectent le principe structuraliste du primat de la forme sur la substance. La forme de relations du carré provient du postulat épistémologique selon lequel "l'articulation ou la compréhension binaire des phénomènes caractéristique de l'esprit humain est fondamentalement binaire ou dyadique" ; la forme de relations sur laquelle est basé le treillis est fondamentalement triadique. Cependant, les deux formes ne sont pas irréductibles l'une à l'autre. En effet si une triade ne peut se décrire au moyen de dyades (1), en revanche une dyade peut se décrire de plusieurs manières au moyen de combinaisons de triades (Peirce, M.S 908 et Marty, 1990). S'il est possible de construire une passerelle entre les deux théories se sera obligatoirement au moyen de cette possibilité formelle. Ceci nécessite le passage par la phénoménologie qui permettra l'entrée explicite de l'esprit humain dans le modèle formel binaire. Notons par ailleurs que Ricoeur (1980) considère que l'objectivation de "la production de sens par le sujet" est comme une addition nécessaire pour passer dans le carré de l'idée de relation à celle d'opération, c'est-à-dire du modèle formel à la narrativisation. En conséquence notre  propos sera de "phénoménologiser" le carré pour qu'il puisse communiquer avec la triade.

Dyades et Triades

Examinons le mode de constitution du carré. Le point de départ est une compréhension, "intuitive" selon Coquet (Op. citée), selon laquelle deux termes primitifs (deux sèmes) s1 et s2 coopèrent en constituant un être d'un autre niveau appelé "catégorie sémantique". C'est-à-dire qu'il existe, en un certain lieu dont nous parlerons plus loin, un troisième qui unit les deux. Ceci signifie qu'il y a construction d'une triade authentique selon le schéma de la figure 2 dans lequel Cs représente la catégorie sémantique qui unit s1  et s2.

Figure 2 : La catégorie sémantique Cs

                Ensuite viennent des justifications qualifiées peut être improprement de logico-sémantiques. Les conditions de possibilités de cette catégorie sémantique consistent dans la vérification de deux parcours symétriques produits par deux opérations successives de négation et d'assertion dirigées sur  chacun des termes s1 et s2 . Prenons s1 ; la négation de s1 produit son contradictoire s1 et dans le même temps surgit l'assertion de s2 comme contraire de s1. Selon Coquet (Op.cité)  c'est une nécessité de passer par le contradictoire pour atteindre le contraire. Il apparait clairement que les deux opérations sont distinguées pour des raisons de description formelle et que, quand surgit le contradictoire, il surgit aussi le contraire. Les deux opérations sont corrélatives ; il y a tricoexistence de s1, s1 et s2 ce qui est la marque de la constitution d'une triade authentique. Nous avons maintenant deux triades représentées dans la figure 3 dans lesquelles s2 unit s1 et s1 d'un côté, et s1 unit s2 à s2 d'un autre côté.

                     Figure 3 : Les 2 triades du carré sémiotique

Nous pouvons aller plus loin pour décrire, en termes phénoménologiques, le "surgissement" de s2. En fait nous considérons que la venue à l'esprit d'un sujet de s1 produit une nouvelle détermination de cet esprit (par rapport à un état actuel) c'est-à-dire un événement mental en réaction à cette venue. Cet événement mental peut être regardé de deux façons : dans sa relation à s1 autrement dit comme l'autre membre de la dyade "réactionnelle" nous l'appelons s1, mais, en lui même, dans son contenu positif indépendant de sa relation avec s1, nous l'appelons s2. L'effet de s1 serait donc de produire s2 comme contenu de la réaction d'un esprit à l'irruption de s1 dans son champ d'expérience. En continuité, la venue de s2, lorsqu'elle produit de façon en tous points symétrique la venue à l'esprit de s1 (dont la reconnaissance ne nécessite qu'une opération d'identification) établit grâce et par cette opération d'identification redoublée sur s2, la catégorie sémantique Cs et installe le carré comme structure phénoménologique itérative stable se reproduisant à l'infini identique à elle même en chacun de ses termes.

                Nous voyons alors que la catégorie sémantique se constitue grâce à la coopération de deux triades authentiques. La condition selon laquelle chaque ensemble d'opérations (négation puis assertion) appliquée  à un terme peut produire l'autre s'exprime alors dans la condition équivalente suivante : la dégénérescence (2) de chaque triade en trois dyades produit une dyade commune (s1, s2), ce qui est représenté par la figure 4.

(la fonction des points notés A et B sera analysée plus loin).

Figure 4 : Analyse triadique d'une catégorie sémantique.

                Nous pouvons caractériser le passage de la figure 2 purement phénoménologique, à la figure 4 comme une formalisation analytique, en termes logico-sémantiques de la catégorie sémantique Cs par dédoublement de la triade "intuitive" en deux triades qui ont une dyade "implicite" en commun, à savoir, une dyade qui résulte de la dégénérescence de chacune d'elles en triades. Parlant de phénoménologie et de triade, il est clair qu'on  considère ici que la constitution d'une catégorie sémantique se produit dans un esprit humain ou plus précisément dans ce que Peirce appelle un quasi-esprit et Eco (1980) : un "automate capable de comportements sémiotiques". On peut encore exprimer cette connexion entre catégorie sémantique et triade sur un mode linguistique en utilisant des prédicats combinés dans un argument comme suit :

Si : - (s1 est contradictoire de s1 pour un sujet X).

Produit : - (s2 est présent à l'esprit du sujet X)

et si : - (s2 est contradictoire de s2 pour un sujet X)

Produit : - (s1 est présent à l'esprit du sujet X)

Alors : - (s1, s2) est une dyade authentique (3) pour le sujet X.

                La correspondance avec le diagramme de la figure 4 se fait au moyen des points A et B qui représentent les déterminations de l'esprit du sujet X ; le point A quand s2 est présent à son esprit ; le point B quand c'est s1 qui est présent à son esprit.

Ce sont dans ces deux déterminations que s1, s1 et s2 d'une part et s2, s 2 et s1 d'autre part sont fondus.

               Notons que (s1,s2) est aussi une dyade qui se constitue dans l'esprit indifféremment et de manière équivalente par la médiation de s1 ou de s2.

Ainsi nous avons construit un diagramme qui est d'une certaine manière équivalent au carré sémiotique et dans lequel le niveau phénoménologique a été introduit. Pour l'instant, ce diagramme est relatif à un unique sujet X. Passer au niveau social exige une "institution" de ce sujet analogue au passage de l'interprête à l'interprétant dans la sémiotique peircienne, ce qui fait de ce sujet indéterminé le porteur des habitus d'interprétation en vigueur dans une communauté. Alors, la relation dyadique entre s1 et s2 a valeur de "micro-institution"  de cette communauté, ce qui peut se comparer valablement avec les notions de micro-univers, (d'univers idiolectal et d'univers socio-lectal mentionné dans le Dictionnaire pp.408-410). La notion d'institution présente l'avantage de mettre au centre du modèle l'articulation de l'individuel sur le social tandis que, dans la conception greimassienne elle doit être rappelée selon les nécessités depuis l'extérieur du modèle et appliquée un peu comme un artifice. Notre diagramme de la figure 4 montre comment cette micro-institution se décompose moyennant l'introduction des deux contradictoires dans l'esprit et indique aussi son mode de recomposition.

                Ni logique ni herméneutique

Combet (1981) observe que le carré sémiotique a été critiqué de deux façons inverses :

- d'un côté, par les logiciens qui le trouvent "faiblard",  "tautologique" .

- d'un autre côté, par les herméneutes qui le trouvent trop  "musclé" considérant que les relations avec lesquelles il faut faire, sont la plupart du temps des quasi-relations ou des pseudo-relations.

Il est clair que notre diagramme puisqu'il conserve les relations de contradiction et de contrariété peut recevoir les mêmes critiques. Ces critiques nous paraissent fondées, surtout celle de P. Ricoeur (1980). Nous voudrions faire quelques suggestions, en remettant le point de vue phénoménologique au poste de commandement. Quelques observations de P.A. Brandt (1982) jointes à quelques autres de J. Petitot (1982) nous conduisent vers une généralisation de notre diagramme qui conserve sa forme, mais perd ses sujétions logico-sémantiques.

En effet Brandt propose de considérer, en notation véridictoire, le carré de la figure 5.

Figure 5 : Le carré en notation véridictoire

Dans ce carré, dit Brandt, " la relation disjonctive entre p et q est une relation sémiotique comme entre signes et objets dans l'analyse de Peirce". Cette conception présente l'avantage, (ou le désavantage, selon le point de vue) de mélanger sans le dire l'analyse triadique du signe (oubliant l'interprétant) avec l'analyse dyadique saussuro-hjelmslévienne en termes de signifiant et de signifié.

Ceci nous conduit à reprendre l'analyse de Brandt avec les modifications suivantes :

                - considérer p (ou s1) comme une instance capable de contracter une relation dyadique avec un esprit ; cette relation d'opposition (action-réaction de la secondéité peircienne) produit la détermination p (ou s1) de cet esprit. Cette détermination consiste précisément dans la présence à l'esprit d'une autre instance q', autrement dit, la détermination de l'esprit d'un sujet en tant que membre de la relation dyadique d'opposition avec p est notée p mais ce qu'elle est réellement - son contenu - est noté q' (voir plus haut). Ainsi se constitue une première triade (p, p, q').

                - de manière semblable, l'action de q (ou s2) sur l'esprit produit une détermination q (ou s2) qui consiste en la présence de p' dans cet esprit ; ainsi se constitue une seconde triade (q, q, p').

                - quand p = p' et q = q' les deux triades ont la dyade (p, q) en commun. Nous pouvons alors dire que p et q ont contracté une relation dyadique qui fonde une catégorie sémantique.

                Maintenant il faut aller au delà pour rechercher les conditions de possibilité de la constitution de cette dyade (p, q). Il est clair que c'est une dyade extérieure à l'esprit ; comme p et q sont des déterminations internes, l'établissement de la dyade externe ne peut se concevoir que moyennant une dyade interne constituée avec les fonctifs p et q parce que chacun de ces fonctifs est relié à un des éléments p et q. Cependant, p est une une création de p, q est une création de q ; les deux sont des éléments de l'expérience du sujet relative à p et à q, expérience mémorisée sous forme d'habitus. Alors relier p et q c'est en fait relier la série d'expériences faites par le sujet avec p avec la série d'expériences qu'il a faites avec q. Ceci ne peut se faire que sous la condition  selon laquelle, dans le monde extérieur, p et q sont déjà reliés, quel que soit le mode de relation (4). Ainsi, la constitution interne d'une dyade (p, q) se présente comme l'intériorisation d'une dyade externe réelle.

                Avec ces modifications, notre diagramme est apte à engendrer aussi bien le signe peircien que la catégorie sémantique greimassienne. En effet, en considérant comme le suggère Brandt, la relation (p, q) comme une relation signe-objet déjà établie dans une communauté, p étant par exemple le signe et q l'objet, p sera l'effet de la perception du signe sur un esprit (c'est-à-dire ce que Peirce appelle l'interprétant dynamique) et q la détermination de l'esprit quand est rappelée en mémoire l'expérience collatérale (antérieure) de l'objet ; en somme q est le contenu expérientiel de la série dans laquelle p prend rang. Alors la dyade (p, q) est construite de facto. En effet le signe p possède certaines des caractéristiques essentielles que possède aussi l'objet q (ce qui est nécessaire pour qu'il puisse être signe de cet objet); cela implique donc que l'expérience ici et maintenant de ce signe p prend sa place dans la série des expériences antérieures de l'objet q (car l'expérience du signe est aussi par le truchement de sa connexion avec l'objet une expérience de l'objet). La série des expériences de l'objet q peut alors être rappelée en mémoire et l'objet q présent à l'esprit. Par ailleurs, cette incorporation correspond à l'incorporation de l'interprétant dynamique dans l'interprétant final peircien. Finalement nous avons ici tous les ingrédients du signe peircien avec toutes ses relations dyadiques internes et externes et sa relation triadique fondamentale.

Finalement nous n'avons pas fait autre chose que considérer les sèmes s1 et s2 d'une part, les déterminations correspondantes s1 et s2 d'un esprit auquel ils sont présents analysés comme les contradictoires (parce qu'ils sont dans un schéma d'action-réaction) des sèmes s1 et s2 d'autre part, puis nous avons considéré que la relation contractée dans l'esprit par s1 et s2 (subcontrariété) est la particularité d'une relation de contrariété externe (établie socialement) entre s1 et s2. Ainsi nous obtenons le carré sémiotique de Greimas "phénoménologisé" dans lequel la partie supérieure (s1, s2) est une dyade externe  (ou plutôt "externalisée"), la partie inférieure (s1, s2) une dyade interne, les diagonales et les deixis représentant des connexions externe/interne entre les membres des deux dyades.

                Conclusion

Peut-on dire que nous avons construit une passerelle entre ces théories aussi éloignées ? C'est ce qu'il nous paraît , mais en filant la métaphore, cette passerelle est évidemment très étroite,  mais ses fondements phénoménologiques plaident pour sa solidité. D'une certaine manière, elle connecte ce qui est constitutionnel dans chaque théorie, et offre des possibilités d'interprétation de chacune dans l'autre. Rien  n'interdit de poursuivre dans cette direction pour examiner quelles sont les conditions qui permettront de l'élargir. On pourrait de la sorte garantir  l'établissement d'une vraie communication entre les deux rives théoriques  pour le plus grand progrès de toute la communauté sémiotique. Et puis il faut quand même signaler, pour terminer comme nous avons commencé avec T.S. Kuhn, que "traduire une théorie ou une conception du monde dans son propre langage, ce n'est pas la faire sienne".

NOTES

                (1) l'erreur commise par plusieurs auteurs qui représentent la triade au moyen d'un triangle (ce que Peirce ne fit jamais car  un triangle ne peut représenter une triade authentique mais représente ce que Peirce appelle une triade dyadiquement dégénérée) pourrait introduire une confusion que nous repoussons énergiquement car elle ruinerait notre propos.

                (2) Une triade qui unit trois termes a, b, c en un, notée (a,b,c) peut dégénérer une première fois en trois dyades (a,b), (b,c) et (a,c) que l'on peut disposer en triangle comme évoqué dans la note (1) et une seconde fois en trois monades (a), (b) et (c). Pour des raisons qui tiennent aux relations de présuppositions nécessaires, les trois dyades et les trois monades sont effectivement sous-jacentes dans la triade. Elles peuvent dont être "convoquées" à tout moment.

                (3) Une dyade authentique est un couple (a,b) formé par deux éléments unis de façon que la présence de l'un implique celle de l'autre, comme l'action et la réaction par exemple. Elle peut dégénérer en deux monades lorsque les deux éléments sont simplement juxtaposés comme dans "du pain et des jeux".

                (4) Ici il faut considérer que, lorsque la relation dyadique entre p et q s'établit dans un esprit pour la première fois (cas de la création scientifique ou artistique) on a un fait social et non psychologique.

 

REFERENCES

Brandt (1982) : "Quelques remarques sur la véridiction", Actes Sémiotiques - Documents, IV, 31, Paris, GRSL.

P.A. Brandt (1982) : "Noise et Narrativité", Actes sémiotiques- Bulletin, V, 24, Paris, GRSL.

Combet (1981) : "Cinq ans après", Bulletin, n° 17, Paris, GRSL.

J.C. Coquet (1982) : L'Ecole de Paris, Paris, Hachette Université.

Eco (1980) : Signo, Barcelona, Editorial Labor.

A.J. Greimas et J. Courtes (1979) : Sémiotique. Dictionnaire raisonné de la théorie du langage, Paris, Hachette.

Hénault (1983) : Narratologie. Sémiotique Générale, Paris Presses Universitaires de France.

Marty et R. Marty : 99 réponses sur la sémiotique, Montpellier, Centre Régional de Documentation pédagogique.

Marty (1990) : L'Algèbre des Signes, essai de sémiotique scientifique d'après C.S. Peirce, Amsterdam-Philadelphie, John Benjamins.

C.S. Peirce (1931-1935-1958) : Collected Papers, ed. by A.W. Burks, CH. Hartshorne, P. Weiss, Cambridge MA, Harvard University Press.

C.S. Peirce : Microfilmed Manuscripts, Cambridge MA, Harvard Library.

Petitot (1982) : "Sur la décidabilité de la véridiction", Actes Sémiotiques-Documents, IV, 31, Paris, GRSL.

Ricoeur (1980) : La grammaire narrative de Greimas, Documents, n° 15, Paris, GRSL.