FONDEMENTS pour  une   pragmatique de la communication.

Robert Marty

L'objectif affirmé de ce texte est de tirer toutes  les conséquences de la définition pragmatique de la signification d'un concept telle qu'elle est énoncée dans la maxime du pragmatisme par C.S.Peirce et reprise par John Dewey dans ses "Essays in experimental logic". Cependant, sur la question de la vérité évoquée par ce dernier, je prendrai mes distances et je l'aborderai d'une autre façon. Auparavant, il convient de rappeler ces phrases fondatrices du pragmatisme , ou plutôt, pour suivre Peirce dans son refus des distorsions que lui firent subir certains philosophes –et non des moindres- du "pragmaticisme".

Peirce : "considérer quels sont les effets pratiques que nous pensons pouvoir être produits par l'objet de notre conception. La conception  de tous ces effets est la conception complète de l'objet." (CP 5.402)

Dewey :"En d'autres termes, une idée est une traite tirée sur des choses existantes et une intention d'agir de façon à les arranger d'une certaine  façon. D'où  il suit que si la traite est honorée, si des existences, découlant de ses actions, se réarrangent ou se réajustent de façon proposée par l' idée, cette idée est vraie."

Dewey : "Alors que la signification d' un objet est les changements de notre attitude qu'il requiert, la signification d'une idée est les changements qu'elle, en tant qu'elle est notre attitude, produit dans les objets."

Il est indispensable de commencer par expliciter ces phrases; trop nombreux sont ceux qui  se contentent de répéter la maxime comme un verset du Coran sans exprimer en termes modernes comment ils la comprennent. C'est peut-être une sage précaution pour l'homo academicus que je suis qui a suffisamment l'expérience des débats (et particulièrement des débats sur Internet) pour savoir que ceux qui se trouvent quelquefois en mauvaise posture n'hésitent pas à remettre en cause les prémisses qu'ils auraient interprétées de telle façon que leur position actuelle s'en trouverait justifiée…

D'abord il y a un "objet". J'ai défini ailleurs l'objet réel (capable d'agir sur les sens) comme une sorte d'hypothèse explicative de nos perceptions ; algébriquement , c'est une forme (une essence, un eidos) qui est de même nature que les formes de la perception, à savoir une structure relationnelle que, dans ce cas, j'appelle structure eidétique ( L'algèbre des Signes, 1990)). Pour le propos qui nous intéresse il importe peu que l'objet soit une réalité tangible ou une forme hypothétique (mais validée par le fil de l'expérience ) cela importe peu. Disons qu'il y a quelque chose qui est perçu  et qui va être conçu, en d'autres termes  qui va être l'objet d'une conception (l'ambiguïté du mot "objet" dans la phrase qui précède est un support pour la compréhension plus qu'une gêne : l'objet de notre conception est un objet "objectivé" c'est-à-dire qu'il a une existence indépendante de l'acte de le concevoir en le posant comme objet de connaissance).

Entre objet et conception il y a le mot "notre". Peirce se réfère donc à un sujet générique; c'est-à-dire à n'importe quel être humain capable de concevoir et donc , a fortiori de percevoir les objets du monde. La définition est donc "locale" et énonce que chaque sujet produit sa conception de  tel  ou tel objet. Elle ne dit pas que ces conceptions sont identiques quand on change de sujet ce qui d'ailleurs est cohérent avec le début de la maxime. En effet il est clair que les effets pratiques dont il est question sont des effets à venir, c'est-à-dire des événements concernant l'objet ; ces évènements, chaque sujet pense pouvoir les prédire avec certitude. En conséquence rien ne nous assure que l'ensemble de ces évènements est le même pour chaque sujet. D'ailleurs quel pourrait être le moyen de le vérifier? (il n'est pas possible de vérifier la coïncidence d'ensembles d'évènements qui ne se sont pas produits et qui, de toute façon étant de l'ordre de la possibilité constituent un ensemble infini). Donc, si deux sujets ont la même conception d'un objet cela signifie que, dans toutes les circonstances possibles dans lesquelles l'objet serait impliqué, l'un et l'autre attendent exactement les mêmes événements. D'où l'idée de "traite" avancée par Dewey , une métaphore qui semble très intéressante pour aborder la communication interindividuelle dans un premier temps, la communication de masse dans un second temps, car une traite concerne au moins deux personnes et règle certains de leurs rapports au sein d'une communauté juridique. On a donc affaire, lorsqu'on parle de conception , à quelque chose qui est de la nature de la promulgation d'une loi par une personne, puisqu'elle se donne une valeur prédictive. En fait  il y a institution par cette personne d'une régularité d'un futur indéfini posée comme universelle vis-à-vis de la  communauté ou des communautés auxquelles elle appartient.

Donc la première phrase asserte que tout objet perçu donne lieu à conception et  la conception d'un objet est l'acte de pensée qui promulgue une loi , laquelle  prédit en toutes circonstances imaginables (c'est la signification qu'on peut accorder à : "que nous pensons pouvoir être produits") le comportement  de cet objet particulier. Cette loi exprime la possibilité de donner une description suffisamment précise des évènements dans lesquels l'objet peut éventuellement être impliqué. Par exemple, ma conception de la liberté sera ce que je pense pouvoir faire sans encourir les foudres de la loi ( écrite et non écrite) de ma communauté d'appartenance.

 Il est bien clair  qu'il ne faut pas prendre conception au sens de concept, mais vraiment comme un acte singulier, ici et maintenant, un acte mental qui suit  la perception d'un objet (ou qui porte sur des perceptions passées et mémorisées) et il consiste en une certaine opération de l'esprit concernant cet objet perçu et aussitôt incorporé dans un univers mental personnel en relation avec d'autres concepts déjà-là . Quelquefois il s'y rangera dans l'extension d'un concept déjà formé ; d'autrefois il nécessitera un acte créateur d'un nouveau concept et ce sera littéralement  une conception.  Une conception est finalement l'acte mental qui instancie un concept  au même titre qu'une volition est un acte de pensée qui exprime une volonté. Dans cet univers personnel il y a donc , à terme, quel que soit le cas, un "ens rationis" (un être de raison) qui est une intension dont l'extension contient l'objet du monde dans lequel est située la cause de la perception.  Je propose le néologisme : "origination d'un objet" pour nommer cette remontée qui consiste à  associer un percept à un objet du monde extérieur et une métaphore pour la décrire: "remonter à la source", laquelle évoque la définition algébrique  de "source" donnée dans mes formalisations de L'algèbre des signes.

Prenons l'exemple de la chaise particulière qui est là, sous mes yeux; elle "tombe "(une métaphore due à Frege) sous mon concept de chaise formé préalablement dans mon esprit par de multiples perceptions d'objets possédant certaines caractéristiques communes  (c'est-à-dire que je la situe dans l'extension de l'intension de cette classe d'objets que la langue – une institution dont j'ai intériorisé le système- étiquette avec le terme "chaise"). Il est plus que probable qu'elle figurerait de la même façon dans l'intension du concept de "chaise" de milliards de personnes (plus peut-être quelques grands singes), avec bien sûr un changement de graphisme sur  l'étiquette. Cette chaise particulière se trouve dès lors en compagnie de l'ensemble des objets dont tout percept incorpore la structure "éidétique" commune à toutes les chaises existantes ou ayant existé (qui correspond à ce que Peirce appelle son "skeleton-set" en 7-426 ). Cet ensemble dépend donc de mes perceptions antérieures y compris les perceptions relatives à des descriptions linguistiques des chaises (qui décrivent le skeleton-set en question , voir ce qu'écrit  Peirce sur l'Etna dans le manuscrit 612, reproduit dans Marty [1990] p.57). Autrement dit le contenu de l'intension est expérientiel  ; il y a donc a priori autant de concepts que de classes d'expériences vécues et imaginables  des chaises, c'est-à-dire  autant de concepts  que d'individus. A ce point là, on voit s'élever la Tour de Babel, on pense à Pirandello (Chacun sa vérité…) …La vérité de l'idée dont parle Dewey est donc relative à un seul individu et  c'est de sa vérité qu'il s'agit; à moins de considérer que les expériences de chacun, aussi différentes soient-elles, font accéder aux vérités universelles. Mais comment? Là est la problématique centrale de mon propos

Pour sortir de ce dilemme il faut élargir le champ en allant vers le partage d'expériences comme condition sine qua non du partage des concepts ; cela nous donnera la possibilité de décrire la communication de façon satisfaisante (et pragmatique).

Auparavant, récapitulons: nous venons de voir que la genèse du concept individuel se fait sur une base expérientielle tout comme ce que l'on pourrait appeler sa maintenance (incorporation de nouveaux objets sous des concepts existants, création ou remise en question des étiquettes). Dans le cas de la chaise on a donc une extension qui contient tous les effets pratiques que nous pouvons envisager (des évènements qui pourraient survenir) et bien sûr les expériences vécues qui nous ont conforté dans sa validité, à savoir toutes les interactions avec chacun de ces objets étiquetés "chaise" (incluant les simples perceptions de chaises statiques) ainsi que toutes les interactions concevables de chacun de ces objets  avec d'autres objets du monde (notamment toutes les utilisations instrumentales de chaque chaise , mais ce n'est qu'une partie de l'ensemble car une chaise peut être impliquée dans bien d'autres évènements que les réactions aux poids des corps humains ou autres, conférer "Les chaises" de Ionesco…). Il y a donc dans l'extension du concept individuel un mélange d'expériences vécues et imaginées ou plutôt d'expériences possibles à venir dans lesquelles nous conjecturons avec certitude que la chaise qui est l'objet de notre conception répondra d'une certaine façon à nos sollicitations, ou se comportera ou agira sur nous ou sur d'autres objets de façon presque totalement prévisible. C'est en ce sens que le concept est bien dans la Tiercéité authentique (c'est un élément tertian du phaneron) car il a bien la nature d'une loi ou d'un habitus. En d'autres termes c'est une loi qui  régira en toutes circonstances le comportement des objets. On peut avancer l'idée d'une éthologie des objets.

Voilà, donc, pourquoi Dewey peut parler d'une "traite tirée sur des choses existantes" ; le concept de chaise est un être de raison qui a valeur de traite pour moi, parce qu'il m'assure que tout objet qui sera à l'origine d'un percept dont les caractéristiques me conduiront à le classer dans son extension se comportera (dans sa relation avec moi, dans ses relations avec le reste de l'univers) comme le prescrit la loi de formation du concept. En particulier, je dois pouvoir m'asseoir sur toute chaise et c'est une traite qui, en général (sauf chausse-trappe ou déficience matérielle) est honorée. D'ailleurs au passage, notons que la version dégradée du pragmatisme en utilitarisme ne retiendrait probablement que cet usage instrumental.

Dire comme Dewey que l'idée est vraie signifie que la proposition "l'objet désigné tombe sous le concept de chaise", c'est-à-dire aura un comportement de chaise, est une proposition vraie au sens de la logique  expérimentale, à savoir qu'il serait déraisonnable de penser qu'un fait va la contredire.

Dans le cas précis de la chaise proposée à une personne  nous rentrons en situation de communication. Par commodité nous allons analyser la situation sur cet exemple du concept de chaise, car on pourra faire la même analyse de tout autre concept.

Si je dis "prenez cette chaise", j'énonce en fait ceci :"prenez  dans votre espace perceptif  ici et maintenant une chose, que ma main ou que mon regard désigne , et vous avez l'assurance qu'elle va se comporter d'une certaine façon et je vous le garantis du seul fait de vous  l'avoir désignée accompagnée de ces paroles et  je pense que vous en êtes pleinement informé. En particulier, elle va vous permettre de vous asseoir car la réaction qu'elle exercera lorsqu'elle sera soumise au poids de votre corps équilibrera ce dernier et vous le savez comme moi (si ce n'était pas le cas nous aurions un effet pratique qui n'entre pas dans la conception  de cette chaise mais dans une  autre conception  comme "chausse-trappe" ou "accident")". En approfondissant l'analyse, cela veut dire que je pense que la perception de l'objet au bout de l'index (doigt ou direction du regard)  produira dans votre esprit la présence du même objet que le mien, c'est à dire la même "origination" et que cet objet originel qui prend place dans l'extension de mon concept étiqueté par le terme "chaise" prendra place dans l'extension de votre concept étiqueté par le même terme .

Etiqueté par qui? C'est ici qu'on passe de l'interaction de deux psychologies à la sociologie, au "commens" ou "cominterprétant" de Peirce qui est donc le résultat du partage social des expériences (c'est possible car nous vivons à peu prés dans le même monde, bien que pour le "sans domicile fixe" ou l'enfant des banlieues l'écart soit quelquefois si grand avec la masse des gens qu'il se forme des communautés marginales qui sont les fruits de l'asocialité par incommunicabilité). L'étiquetage des concepts est le résultat d'une institutionnalisation, à savoir la création ou re-création permanente des institutions de la signification, et institution est à prendre pleinement au sens que lui donne l'analyse institutionnelle : une dialectique de l'universel nié dans le particulier et recréé dans le singulier pour être aussitôt nié puis recréé, et ainsi de suite ad infinitum . On peut parler d'une dérive permanente des significations animée par la lutte des interprétants sous les contraintes interprétantes du contrôle social (essentiellement de  l'inculcation pédagogique et la violence symbolique décrites dans "La reproduction" par Bourdieu et Passeron).

Cet exemple est tout à fait l'archétype de ce qu'on peut appeler une "communication indexicale" car si l'intension du concept est amenée par le langage  l'objet réel qui doit  rentrer dans son extension est nécessairement désigné par un signe  indexical spécialisé dans cette fonction. Cet objet est présent dans le champ perceptif des interlocuteurs et c'est une micro-institution spécialisée de leur communauté d'appartenance qui assure la communication.

Lorsque l'objet est absent de la situation de communication on aura recours à des signes et on tentera d'obtenir le même résultat en donnant à percevoir un objet mis pour cet objet absent mais dont il est supposé que l'un et l'autre des interlocuteurs ont une expérience collatérale (antérieure et extérieure à la situation actuelle). Cela présuppose évidemment d'autres institutions qui cette fois vont régler les connexions entre objets du monde de façon que la perception de l'un (qui produit comme ci-dessus sa présence à l'esprit) amène la présence à l'esprit de l'autre. C'est ce que j'ai appelé "une phénoménologie de seconde intention", la condition nécessaire de toute sémiotique. L'objet donné à percevoir (son, graphisme, etc…) a certes son mode d'être per se mais il doit supporter aussi le mode d'être de l'objet avec lequel il est connecté : son être est aussi un être pour un autre. Pour qu'il puisse remplir cette fonction il faut que sa structure éidétique "contienne" en tant que sous-structure une partie de la structure de l'autre objet suffisante pour que le travail de l'esprit (une suite d'inférences qui correspond à la semiosis de Peirce et à "l'enquête" selon Dewey ) puisse reconstituer la structure éidétique de l'objet absent produisant du même coup sa présence à l'esprit du locuteur destinataire. Observons que dans ce cas très simple il n'est pas requis d'utiliser des signes indexicaux. Cependant on peut observer, par rapport au premier cas un très fort accroissement de la complexité et du risque encouru du point de vue de la réussite des communications.

La pragmatique de la communication se situe donc entre le partage des expériences passées au sein d'une communauté dotée d'institutions et la foi que toute traite tirée en commun et fondée sur ces expériences capitalisées sera honorée dans le futur. Cependant puisque l'expérience  présente, dès qu'elle est vécue , entre dans le passé elle modifie en temps réel les conditions même de la communication  L'intelligibilité du phénomène appelle donc la mise en œuvre de modes de pensée et de constructions formelles qui accompagnent au plus près cette mouvance au sein de laquelle des choses du monde nous signifient le monde. C'est l'ambition de la  sémiotique triadique : on ne s'étonnera pas qu'elle ait été fondée par celui qui formula la maxime du pragmatisme.

POST-SCRIPTUM : il est d'usage, lorsqu'on expose les résultats d'une recherche –jamais achevée, surtout en Sciences humaines, de terminer par une rubrique "travaux futurs" qui expose les perspectives offertes par l'avancée supposée que l'on vient  de faire. Je me propose de connecter cette pragmatique de la communication avec cette sorte de définition "communicationnelle" de la conscience que l'on trouve chez Nietzsche dans "Le gai savoir" 354 "Du génie de l'espèce" :

"quand le besoin, quand la nécessité ont longtemps obligé les hommes à se comprendre mutuellement, vite et finement, il s'est créé un excédent de cet art et de cette force, une sorte de trésor que le temps a entassé et qui attend un héritier qui le gaspille ; " l'artiste " est cet héritier-là ; de même l'orateur, le prédicateur, ou l'écrivain : tous hommes qui ne viennent jamais qu'au bout d'une longue série, des « tard-venus », en un sens noble, et qui, de nature, sont des dissipateurs.

Si cette observation est juste, je me trouve en droit de supposer que la conscience ne s'est développée que sous la pression du besoin de communiquer ; qu'elle n'était qu'elle n'était nécessaire et utile au début que dans les rapports d'homme à homme (notamment pour le commandement), et qu'elle ne s'est développée que dans la mesure de cette utilité. La conscience n'est qu'un réseau de communications entre hommes ; c'est en cette seule qualité qu'elle a été forcée de se développer : l'homme qui vivait solitaire, en bête de proie, aurait pu s'en passer. Si nos actions, pensées, sentiments et mouvements parviennent - du moins en partie - à la surface de notre conscience, c'est le résultat d'une terrible né­cessité qui a longtemps dominé l'homme, le plus menacé des animaux : il avait besoin de secours et de protection, il avait besoin de son semblable, il était obligé de savoir dire ce besoin, de savoir se rendre intelligible ; et pour tout cela, en premier lieu, il fallait qu'il eût une « cons­cience », qu'il « sut » lui-même ce qui lui manquait, qu'il « sut » ce qu'il sentait, qu'il « sut » ce qu'il pensait. Car comme toute créature vivante, l'homme, je le ré­pète, pense constamment, mais il l'ignore; la pensée qui devient consciente ne représente que la partie la plus infime, disons la plus superficielle, la plus mauvaise, de tout ce qu'il pense : car il n'y a que cette pensée qui s'exprime en paroles, c'est-à-dire en signes d'échanges, ce qui révèle l'origine même de la conscience. Bref le déve­loppement du langage et le développement de la cons­cience (non de la raison, mais seulement de la raison qui devient consciente d'elle-même), ces deux développe­ments vont de pair. Ajoutons que la langue n'est pas seule à servir de pont d'homme à homme, qu'il y a aussi le regard, la pression, le geste ; nous avons pris des im­pressions de nos propres sens une conscience d'autant plus nette, nous avons acquis un pouvoir de les fixer et de les extérioriser d'autant plus grand que la nécessité se faisait plus forte de les communiquer aux autres par des signes. L'inventeur de signes est en même temps un homme qui ne cesse de devenir toujours plus conscient de lui-même ; c'est seulement comme animal social que l'homme a appris à devenir conscient de soi ; il le fait encore, et de plus en plus."(les parties en gras le sont à mon initiative)

Si l'on rapproche ce texte de la pragmatique de la communication telle qu'elle a été ébauchée auparavant on voit qu'il y a, moyennant des aménagements et notamment un retour vers la formalisation en termes algébriques (structures relationnelles), la possibilité de produire une définition sémiotique (formelle donc algébrisée) de la conscience comme "attrape-structures". Rappelons que pour Peirce elle est "un tas de sentiments" ; on irait alors vers une conscience  "structure relationnelle", un réseau de sentiments ouvert au monde par la porte de la perception.